Parler de l’histoire du costus indien, c’est raconter l’itinéraire d’un aromate devenu un “classique” des listes de matières végétales dans plusieurs cultures. Mais il y a une nuance essentielle pour éviter les contresens : pendant une grande partie de l’histoire, “costus” est d’abord un nom de commerce et de tradition. Autrement dit, les auteurs anciens parlent d’une racine odorante et précieuse, réputée venir d’Inde, sans forcément la rattacher à une “espèce” au sens botanique moderne.
C’est précisément ce qui rend l’histoire passionnante… et parfois complexe : le mot “costus” traverse les siècles, les langues et les routes commerciales, tout en changeant progressivement de statut. Il passe :
d’un produit aromatique (Antiquité),
à une matière listée et transmise dans des compilations savantes (Moyen Âge – époque moderne),
puis à une identification plus stabilisée dans les classifications botaniques plus récentes.
Cet article retrace l’histoire du costus indien à travers les siècles, en se concentrant sur ses usages traditionnels, sa place dans le commerce et sa transmission culturelle, sans aborder d’aspects médicaux ni contemporains.
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Histoire du costus indien à travers les siècles : entre usages, commerce et traditions
Sommaire
Histoire du Costus indien dans l'Antiquité
Dans l’Antiquité, le costus est principalement connu comme une racine aromatique importée d’Inde. Des auteurs antiques évoquent le costus comme une matière rare, décrite pour son odeur, sa saveur marquée et sa valeur dans le commerce des aromates.
Les textes antiques indiquent que le costus faisait l’objet de distinctions de qualité, ce qui montre qu’il était déjà intégré dans une logique commerciale structurée. Il ne s’agissait pas d’une plante locale, mais bien d’un produit venu de loin, apprécié pour son caractère exotique.
L’une des sources les plus parlantes côté occidental est Pline l’Ancien. Dans son Histoire naturelle, il mentionne le “costus d’Inde” et décrit une racine au goût brûlant et à l’odeur remarquable, en indiquant même l’existence de deux types (noir et blanc) et un prix au poids. Cette façon de décrire (odeur, goût, “qualité” perçue, prix) montre que le costus est traité comme un produit d’échange reconnu, pas comme une curiosité marginale.
Ce passage est précieux historiquement car il documente plusieurs aspects d’un seul coup :
Origine attribuée (Inde / zones associées),
Valeur commerciale (prix, qualité relative),
Caractère aromatique (odeur, saveur),
Forme d’échange (marchandise “au poids”).
Ce que l’on retient de cette periode est que le costus etait avant tout une matière aromatique orientale, évaluée pour ses qualités sensorielles et sa rareté.
Dans la tradition indienne ancienne, le costus indien est connu sous le nom de Kustha (कुष्ठ). Ce terme apparaît dans des corpus anciens de l’Inde, où il désigne une racine aromatique issue des régions montagneuses du nord du sous-continent. Sa présence est attestée dès l’Antiquité, ce qui explique pourquoi le costus est souvent présenté, dans les sources anciennes occidentales, comme un produit « venant d’Inde ».
Dans ce contexte, Kustha n’est pas perçu comme une plante exotique, mais comme une matière régionale, intégrée depuis longtemps aux traditions culturelles et savantes indiennes. Sa valeur repose à la fois sur son origine géographique, liée aux zones himalayennes, et sur la continuité de son usage à travers les générations. Le nom même de Kustha reflète cette ancienneté et cet enracinement dans le paysage culturel indien.
Ainsi, dans la tradition ayurvédique, le costus indien s’inscrit dans une logique de continuité historique : il fait partie des matières végétales connues de longue date, transmises dans les textes et les pratiques culturelles de l’Inde ancienne.
Si la tradition indienne considère le costus comme une matière ancienne et régionale, intégrée de longue date aux usages culturels, la tradition chinoise l’aborde sous un angle différent : celui d’un produit importé, introduit progressivement par les échanges commerciaux et les contacts entre civilisations.
Histoire du costus indien dans les traditions d’Asie
En Asie, le costus est mentionné dans des textes anciens consacrés aux matières végétales, où il est décrit comme une racine aromatique venue de loin, identifiable par son odeur, son aspect et son origine. En Chine, la plante n’est pas indigène : son introduction résulte des échanges commerciaux et culturels reliant l’Asie du Sud et l’Asie centrale aux territoires chinois. Les premières mentions apparaissent entre la fin de l’Antiquité et le Moyen Âge, période marquée par l’essor des routes caravanières.
Dans les herbiers classiques chinois, le costus est désigné sous les noms 木香 (mù xiāng) ou 雲木香 (yún mù xiāng), que l’on peut traduire par « bois parfumé ». Ces appellations mettent en avant son caractère aromatique et son origine extérieure, sans chercher à le rattacher à une espèce botanique locale.
D’abord appréhendé comme une matière importée, le costus acquiert progressivement une place durable dans les savoirs chinois. Sous le nom de 云木香 (yún mù xiāng), le costus indien (Saussurea costus) s’intègre aux corpus de référence et figure parmi les 50 herbes fondamentales de l’herbologie traditionnelle. Cette reconnaissance témoigne d’un long processus d’adoption culturelle : une racine venue d’ailleurs, transmise par les échanges, puis intégrée au fil des siècles dans les pratiques végétales chinoises, jusqu’à devenir une référence établie dans la tradition écrite.
Parfums, onguents et matières précieuses
L’histoire des plantes ne se limite pas à leur lieu d’origine ou à leur circulation commerciale. Elle permet aussi de comprendre comment certaines matières végétales s’intègrent dans les pratiques culturelles et symboliques des sociétés qui les utilisent.
Dans les sources antiques, le costus apparaît régulièrement aux côtés d’autres aromates réputés, comme le nard ou la myrrhe. Il est mentionné dans des compositions liées aux parfums, onguents et préparations odorantes, ce qui montre qu’il est apprécié non pas isolément, mais comme un élément participant à des mélanges complexes. À l’image d’une note dans une palette olfactive, le costus trouve sa place dans un ensemble plus large de matières aromatiques.
Cette présence révèle un cadre culturel précis, dans lequel :
le parfum constitue un marqueur social,
les aromates sont considérés comme des biens de valeur,
l’origine lointaine des matières renforce leur prestige.
Dans ce contexte, l’usage du costus ne se réduit pas à une fonction pratique. Il revêt également une dimension symbolique : produit rare, associé à l’exotisme et au luxe, il bénéficie d’une reconnaissance qui favorise sa diffusion durable sur les routes d’échange.
Les textes antiques confirment cette place particulière. Le costus y est rattaché au monde des aromates, apparaissant dans des listes de matières odorantes et dans des recettes de compositions parfumées, notamment chez Pline l’Ancien, où il figure comme ingrédient parmi d’autres substances prestigieuses.
Ainsi, le costus joue le rôle d’un ingrédient de caractère, intégré à des usages culturels raffinés. Sa valeur dépasse la simple utilité matérielle : il participe pleinement à une culture du parfum et du luxe, dans laquelle les matières végétales venues de régions éloignées occupent une place centrale.
Moyen Âge : transmission des savoirs
Au Moyen Âge, les connaissances issues de l’Antiquité sont largement reprises, traduites et commentées. Le costus conserve sa place dans les grandes compilations consacrées aux matières naturelles.
Même lorsque l’origine exacte ou l’identification précise évoluent, le mot « costus » demeure. Il devient un nom de tradition, transmis de manuscrit en manuscrit, ce qui explique sa présence continue dans les écrits médiévaux européens.
À retenir
Le Moyen Âge joue un rôle clé dans la continuité culturelle du costus, en maintenant son nom et sa réputation dans les textes savants.
Histoire du costus indien à travers l'Islam Médiéval
Le monde arabo-musulman médiéval joue un rôle central dans la préservation, la transmission et l’enrichissement des savoirs relatifs aux matières naturelles. À travers un vaste travail de traductions, de commentaires et de compilations, les savants de cette période constituent de véritables ponts entre l’Antiquité et les époques ultérieures.
Sur le plan historique, cet espace est également un carrefour commercial majeur. Des matières venues d’Inde, d’Asie centrale ou de la péninsule Arabique y circulent activement. Le costus indien s’inscrit pleinement dans ces échanges : il est connu, nommé et décrit dans les traditions savantes en langue arabe, puis relayé dans d’autres aires culturelles.
Un élément marquant de cette tradition est la place accordée au costus dans les sources islamiques anciennes. Les récits rapportent que le costus indien faisait partie des matières connues et appréciées à l’époque du Prophète Mohamed ﷺ, ce qui contribue à son prestige et à sa diffusion dans le monde musulman médiéval. Cette référence renforce son statut symbolique et explique pourquoi le costus est souvent cité parmi les substances d’origine lointaine reconnues dès les premiers siècles de l’islam.
D’ailleurs, la mention du costus indien par le Prophète Mohamed ﷺ ne relève pas d’une révélation divine (waḥy), mais s’inscrit dans le cadre des savoirs et pratiques humaines connus à son époque. Les savants expliquent que ces recommandations reflètent des usages transmis par les échanges entre peuples et communautés, et non un enseignement révélé au sens religieux.
Dans la tradition prophétique, les sources distinguent d’ailleurs deux formes de costus :
le costus indien (al-Qust al-Hindi),
et le costus marin (al-Qust al-Baḥrī).
Cette distinction n’est pas doctrinale, mais descriptive et culturelle. Elle repose principalement sur l’origine géographique et commerciale de ces matières. Le costus indien est associé aux régions orientales, notamment au sous-continent indien, d’où il était importé par les routes commerciales. Le costus marin, quant à lui, est ainsi nommé en raison de son acheminement par les voies maritimes ou de son arrivée via les zones côtières, et non parce qu’il proviendrait de la mer au sens naturel du terme.
Selon les savants, cette différence reflète la manière dont les produits étaient identifiés et nommés dans les sociétés anciennes : par leur provenance, leur mode de transport ou leur circuit commercial. Elle illustre une fois encore que les références au costus dans la tradition prophétique s’inscrivent dans un contexte humain, économique et culturel, où les matières connues étaient désignées selon des repères compréhensibles pour les communautés de l’époque.
Ainsi, la distinction entre costus indien et costus marin témoigne de la réalité des échanges commerciaux anciens et de la circulation des savoirs, plutôt que d’une différenciation issue d’une révélation divine.
Dans les sources de la tradition arabo-musulmane, le costus apparaît sous plusieurs appellations proches, notamment al-Qust ou al-Qist, et plus précisément al-Qust al-Hindi – القسط الهندي pour désigner son origine indienne. Ces termes se retrouvent dans de grandes compilations consacrées aux matières naturelles, parmi lesquelles le célèbre Jāmiʿ d’Ibn al-Bayṭār occupe une place de référence.
La présence du costus dans ces ouvrages illustre la capacité du terme et de la matière à voyager, à s’adapter aux langues et à s’intégrer à des corpus de savoirs variés. Dans une perspective d’histoire culturelle, ce parcours est essentiel : il montre que le costus indien n’est pas seulement une plante, mais aussi un objet de transmission, dont le nom, l’origine et la valeur ont été façonnés par les échanges intellectuels et commerciaux du monde arabo-musulman médiéval.
Histoire du Costus indien entre la Renaissance et l'époque moderne
À partir de la Renaissance, l’Europe cherche à organiser et standardiser les savoirs hérités du passé. Le costus continue d’apparaître dans des ouvrages de référence consacrés aux matières naturelles,
parfois sous des noms latinisés ou des variantes orthographiques.
Avec l’essor de la botanique moderne (herbiers, descriptions formelles, publications scientifiques), le costus indien est progressivement rattaché à une espèce décrite et publiée sous des noms latins. On rencontre notamment Saussurea lappa dans des références historiques (publication au XIXe siècle), puis des révisions et synonymies selon les bases botaniques.
Cette période marque une transition importante : le costus reste une matière reconnue, tout en entrant progressivement dans des tentatives de classification plus systématiques. C’est donc ici, que naît la logique moderne : pour parler de “costus indien” de façon fiable, on s’appuie sur le nom scientifique et sur les référentiels taxonomiques.
Costus indien et époque contemporaine
À l’époque contemporaine, le costus indien est connu non seulement pour son long passé historique, mais aussi pour les questions liées à sa circulation et à son suivi dans le commerce international des plantes aromatiques. Cette évolution montre que le costus n’est plus seulement un produit mentionné dans les textes anciens, mais aussi une matière prise en compte dans des cadres modernes de gestion.
Certaines organisations internationales citent aujourd’hui le costus dans des documents consacrés au commerce et à la conservation des plantes, ce qui l’inscrit dans une continuité remarquable : d’un aromate échangé dans l’Antiquité, il est devenu une matière première identifiée, suivie et encadrée à l’échelle mondiale.
Par ailleurs, les bases botaniques internationales n’emploient pas toutes exactement le même nom scientifique pour désigner le costus indien. Certaines utilisent Saussurea lappa comme synonyme d’un nom accepté, par exemple Dolomiaea costus, tandis que d’autres retiennent Saussurea costus comme nom principal. Pour le lecteur, l’essentiel est simple à retenir : il s’agit toujours de la même plante. Seule la manière de la classer peut varier selon les référentiels botaniques, ce qui explique la présence de plusieurs noms scientifiques dans les publications actuelles.
Mini-frise chronologique
- Antiquité : racine aromatique d’Inde, produit de commerce précieux
- Moyen Âge : transmission du nom et des usages dans les textes savants
- Renaissance : intégration dans les ouvrages de référence européens
- Aujourd’hui : matière connue dans le commerce international et la conservation
FAQ – Histoire du costus indien
Qu'est ce que le costus indien ?
Le costus indien (Saussurea costus, parfois aussi Saussurea lappa) est une plante vivace appartenant à la famille des Astéracées, originaire des régions montagneuses de l’Himalaya, principalement du Cachemire (Inde, Népal, Pakistan). Elle pousse entre 2 500 et 3 800 mètres d’altitude, sur des sols riches et bien drainés.
Cultivée depuis l’Antiquité, la racine de costus était déjà connue sous le nom de koustos par les Grecs, qui l’importaient depuis l’Inde via les routes commerciales vers Alexandrie et le bassin méditerranéen. Elle est mentionnée dans les écrits de Dioscoride au 1er siècle, dans le célèbre traité De Materia Medica.
Le costus indien était-il connu dans l’Antiquité ?
Oui. Des textes antiques décrivent le costus comme une racine venue d’Inde, intégrée au commerce des aromates.
À quoi servait principalement le costus dans l’histoire ?
Il était surtout utilisé comme matière aromatique, notamment dans des compositions parfumées et des mélanges traditionnels.
En Orient, le costus est une plante traditionnelle largement utilisée dans plusieurs traditions anciennes :
- Tradition chinoise : sous le nom de Mu Xiang, il est mentionné dans des traités datant de la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.). On le retrouve dans les formulations visant à harmoniser l’énergie du Qi.
- Tradition indienne (Ayurveda) : le costus (appelé Kustha) est considéré comme une plante précieuse, traditionnellement utilisée dans la préparation de certaines huiles et décoctions.
- Tradition prophétique (Tibb an-Nabawi) : dans le monde arabo-musulman, le costus indien est connu sous le nom de qust al-hindi (القسط الهندي) ou qust al-bahri (القسط البحري). Il est cité dans plusieurs ahadiths authentiques Il est également mentionné dans des ouvrages anciens comme ceux du savant Ibn al-Qayyim. Le costus indien est parfois cité dans les contextes de lutte contre le sihr (terme désignant certaines pratiques occultes : la sorcellerie).
Pourquoi le mot « costus » a-t-il traversé les siècles ?
Parce qu’il a été transmis dans les textes de référence, devenant un nom de tradition largement partagé entre cultures.
Quelle est la portée universelle de la racine du costus indien ?
Le costus indien a été un produit d’exportation stratégique sous la domination moghole, puis britannique, notamment via le port de Bombay au XIXe siècle. Il était apprécié pour sa racine aromatique, et faisait partie des denrées précieuses dans les échanges entre l’Inde, la Perse, la Chine, l’Afrique du Nord et l’Europe car sa racine est encore utilisée aujourd’hui dans le monde de la parfumerie.
🔠 Noms traditionnels et culturels du costus indien
- Nom botanique : Saussurea costus / Saussurea lappa / Dolomiaea costus
- Nom arabe : القسط الهندي ( Qust al-hindi)
- Nom chinois : 木香 (Mu Xiang)
- Nom persan : Qost
- Autres appellations : costus marin, costus racine, racine de Saussurea